mercredi, 01 avril 2009
G20 : suivre Obama pas Sarkozy (article publié dans Le Progrès)

Quand la maison brule il faut d’abord éteindre l’incendie avant de se préoccuper de reconstruire la maison. Tel est le message que Barack Obama et Dominique Strauss-Kahn n’ont cessé de prodiguer avant la réunion du G20. Ils ont raison. Les pays industrialisés, qui ont su éteindre transitoirement l’incendie financier en octobre 2008 sont confrontés aujourd’hui à une urgence comparable : empêcher le développement d’une récession sans précédent par son ampleur depuis la crise de 1929.
Ce n’est pas moi qui reprocherais à Nicolas Sarkozy de se préoccuper de la régulation mondiale. J’ai suffisamment plaidé pour lutter contre les paradis fiscaux et les dérives de la finance pour souhaiter que les principaux dirigeants de la planète s’en préoccupent. Mais là n’est pas l’urgence aujourd’hui ! L’urgence c’est de lutter contre l’écroulement de la demande et l’explosion du chômage qui touchent tous les pays....
télécharger l'article en jpeg : Article PAM Progrès 1er avril 2009.jpg
Le gouvernement français a continuellement sous estimé la gravité de la crise. « La France n’a pas besoin de relance mais de réforme et de gestion rigoureuse » disait Eric Woerth en juillet 2008. « Il n’y a pas de récession en France et il n’y a donc pas besoin de relance », répétait un mois plus tard le Premier ministre, alors même que le pouvoir d’achat et la consommation amorçaient leur chute en janvier 2008. Quand, en décembre 2008, Nicolas Sarkozy se décide enfin à prendre des mesures de relance, il se limite à l’investissement en continuant obstinément à ignorer l’emploi et le pouvoir d’achat. Avec un plan de relance, trop faible, trop déséquilibré et trop lent à produire ses effets (aucune des mesures du plan ne produira d’effet avant le second semestre de l’année), rien n’enraye en ce moment dans notre pays l’effondrement de la production comme vient de le constater l’INSEE.
Le risque majeur aujourd’hui c’est la poursuite de l’effondrement cumulatif de la demande et de l’emploi conduisant à des phénomènes irréversibles : fermetures d’entreprises, succession de plans de licenciements engendrant des destructions d’emplois sans précédent depuis la seconde guerre mondiale (le rythme actuel de 3 000 chômeurs supplémentaires par jour depuis le début de l’année ne s’est jamais observé depuis qu’existe la statistique). Si nous, socialistes, avons proposé un plan de relance massif avec des mesures agissant immédiatement sur l’emploi et le pouvoir d’achat, c’est que nous avons pris la dimension de la gravité de la situation.
La bonne politique consiste non seulement à prendre les bonnes mesures, mais aussi à les prendre au bon moment. L’enseignement douloureux des crises bancaires est que des mesures insuffisantes et trop tardives peuvent laisser se développer une longue période de récession. La longue dépression japonaise des années 90 - la « décennie perdue » - avec une succession de relances trop faibles, et inefficaces car accordant trop d’importance à des grands projets d’infrastructure l’atteste. Le bon enchainement pour sortir de la crise est celui que propose Obama et qu’il met en oeuvre aux Etats-Unis : un plan de relance massif pour enrayer la récession, associé à un plan tout aussi massif d’assainissement du secteur bancaire, puis un changement de la régulation financière.
Le paradoxe de cette crise c’est qu’elle a commencée aux Etats-Unis, mais qu’elle pourrait être durable en Europe, si la réponse des pays européens n’est pas à la hauteur. C’est en prenant les bonnes mesures pour la France, qu’on prend les bonnes mesures pour le monde. Car une politique de relance est par essence coopérative : la relance des uns profite aussi aux autres.
23:58 Publié dans Mon action à l'Assemblée Nationale | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : crise, obama, relance


Commentaires
Nouvelobs.com a demandé à Denis Bertrand, professeur de sémiotique, d'analyser les discours des présidents français et américain. Le verdict dans la vidéo.
Alors que le sommet du G20 s'est ouvert jeudi 2 avril à Londres, nouvelobs.com a demandé Denis Bertrand, professeur de sémiotique (étude des signes) et de littérature à l’Université Paris 8, de passer au crible deux discours des présidents américain, Barack Obama, et français, Nicolas Sarkozy. Ce G20 va en effet marquer la première vraie rencontre entre les deux chefs d'Etat depuis qu'Obama a été élu président des Etats-Unis.
Le 24 mars 2009, Barack Obama donnait une conférence de presse sur l’économie américaine à Washington et Nicolas Sarkozy prononçait un discours à Saint-Quentin, qui se voulait rassurant après les manifestations du 19 mars. Ce sont ces deux discours que Denis Bertrand a analysé.
Résultat de l’analyse, tout les oppose : les mots, les gestes, le ton, le style… Et, pour Denis Bertrand, si le discours de Barack Obama inspire de la confiance, celui de Nicolas Sarkozy reste anxiogène.
Résultat du match : Obama vainqueur - Sarkozy K.O. debout!
Je souhaiterais que le nouveau Président (te) que nous élirons ne pense pas à un pays, quel que soit ce pays, et n'en subisse pas l'influence ou la préférence...(1); mais qu'il fasse passer en priorité les problèmes du "sien" : celui des provinces et des villes moyennes en particulier, dont le tissus industriel et social se rétrécit comme peau de chagrin...
(1) Surtout en se rasant!
J'aimerais bien retrouver P.A. MUET avec les mêmes protagonistes que ceux avec lesquels il est entouré sur l'image de campagne des récentes législatives... J'ai été très déçue de son adhésion au triumvirat des "nouveaux gardes rouges" de la nouvelle direction du PS.
(...)
"Jeudi s'ouvre à Londres un G20 supposé réformer le système. Le Nouvel Obs y croit dur comme fer. Ses deux champions dirigent l'OMC et le FMI. Elle est pas belle la gauche ?
G20 : DSK et Lamy ou la grande victoire du socialisme
C’est un vrai scoop : au G20 de Londres qui s’ouvre jeudi, le PS sera mieux représenté que le gouvernement sarkozyste : Pascal Lamy, le patron de l’OMC et Dominique Strauss-Kahn, celui du FMI, pèseront d’un poids infiniment plus grand que le Président de la cinquième puissance mondiale, qui a largement épuisé son aura en deux ans de magistère.
Le G20 de Londres est donc bien une grande victoire de la gauche. D’ailleurs, certains chantent déjà ses louanges, persuadés que les mesures à venir contre les paradis fiscaux inaugure un nouveau cours de l’économie mondiale.
Bref, il est tout à fait naturel que le journal de la gauche, le Nouvel Observateur, tresse les lauriers cette semaine de ces deux bardes du socialisme.
En réalité, le facétieux journal de Denis Olivennes a inversé les termes de son titre. Les lecteurs avertis du véritable destin de la gauche auront, eux, rectifié d'eux mêmes : Lamy et DSK ne sont pas des socialistes qui veulent réformer le capitalisme, mais bien plutôt des capitalistes (néo?) qui, depuis vingt ans, ont réformé le socialisme.
La preuve ?
Pascal Lamy a joué un rôle essentiel dans le tournant de la rigueur de 1982-1983, qui a vu François Mitterrand tourner le dos à toutes ses promesses d'autre politique. Ce virage-là s'est traduit, comme l'a bien analysé Serge Halimi dans Le grand bond en arrière, par la désindexation des salaires et des prix. Il s'agit du plus grand hold up de l'histoire de l'économie française, un déplacement de 230 milliards de francs, soit 35 milliards d'euros, perdus par les salariés au profit du capital. Un «don Delors», comme l'a brocardé l'éconmiste Alain Cotta.
Par la suite, Pascal Lamy a participé à la restructuration et à la privatisation du Crédit Lyonnais. Le CNPF, ancêtre du Medef, reconnaissant, lui a confié la responsabilité d'une commission sur la prospective.
DSK a la réputation, lui, d'être «plus à gauche». Mais en réalité, on imagine assez mal une institution comme le FMI accepter le magistère d'un homme qui n'aurait pas fait ses preuves auprès de la communauté des élites mondiales.
Ces preuves, Strauss-Kahn en a abondamment fournies dans son parcours ministériel. Il est en effet le principal artisan du suicide politique de Lionel Jospin. En deux années de Ministère de l'économie et des finances, DSK a convaincu l'infortuné ancien trotskiste de privatiser un nombre impressionnant de grandes entreprises, que Wikipedia a bien voulu recenser :
* Air France, 1999, ouverture du capital.
* Autoroutes du sud de la France (privatisation partielle)
o Mars 2002 : mise en bourse de 49 % du capital, recette : 1,8 milliard d'euros.
* Crédit lyonnais, 12 mars 1999 (décret)
* France Télécom, 1997, ouverture du capital, 42 milliards de FF.
o Octobre 1997 : mise en bourse de 21 % du capital
o Novembre 1998 : mise en bourse de 13 % du capital
* Eramet, 1999.
* GAN, 1998.
* Thomson Multimédia
o 1998, ouverture du capital.
o 2000, suite.
* CIC, 1998.
* CNP, 1998.
* Aérospatiale (EADS), 2000, ouverture du capital. (1)
Mais les journalistes du Nouvel Observateur, et notamment Sophie Fay, auteur d'un portrait croisé des deux sexagénaires - l'un aussi farfelu qu'un parpaillot endimanché et l'autre, plus social et déboutonné (2) a une autre thèse : DSK et Lamy ne sont pas à la tête du FMI et de l'OMC grâce à leurs états de service, mais bien parce que le gratin de la finance mondiale espère avec ferveur une grande réforme social-démocrate du capitalisme. (3)
Bonne nuit les petits...."
Lundi 30 Mars 2009 - 07:00
Philippe Cohen
1) Lire l'article plus détaillé d'Olivier TOSCER sur ces pratiques "A gauche... mais proche des milieux d'affaires" - ou comment la gauche a bradé nos plus brillantes entreprises à d' obcènes prédateurs - extraits du livre "Argent Public, fortunes privées" - parus dans le Monde Diplomatique en 2003) - Laurent Fabius n'y est pas en reste...
(2) "No comment"! comme chantait Gainsbourg...
(3). pour encore plus de dérégulations, de délocalisations et de chômage ?
Alors? suivre l'exemple d'Obama : moins de promesses, davantage de travail sur le terrain, définir point par point les nouvelles réformes ou initiatives à créer, sans trop les délayer dans un "prêchi-prêcha" dont les Français n'ont que faire.
Et surtout appliquer le tout avec le maximum d'équité et d'honnêteté. Est-ce trop demander?
Cordialement. Y.B.
Ecrit par : BUONOMO | vendredi, 03 avril 2009
Ecrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.