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mercredi, 18 juin 2008
Travailler plus, travailler mieux (article publié avec Dominique Meda dans Le Monde daté du 18 juin)
La droite veut en finir avec les 35 heures. Mais l’idée selon laquelle c’est en favorisant les heures supplémentaires qu’on relancera la croissance est erronée et ridicule…
Vous trouverez dans la suite de cette note mon article paru dans le monde daté du mercredi 18 juin. Vous pouvez le commenter sur le site du Monde : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/06/17/travail...
Travailler tous, et mieux,
par Dominique Méda et Pierre-Alain Muet
(Le Monde, édition du mercredi 18 juin)
La droite a donc décidé de porter l'estocade finale et de mettre enfin en oeuvre ce qu'elle souhaitait depuis si longtemps : en finir avec les 35 heures. Tout au long de la campagne du candidat Sarkozy, puis de la première année de gouvernement, cette antienne a été à la fois son obsession et le bouc émissaire de ses échecs économiques. Il est temps, sur ces questions, que la gauche sorte de ses atermoiements et affirme clairement sa position.
Répétons d'abord avec force que la réduction du temps de travail n'a en aucune manière été la catastrophe que l'on se plaît à nous décrire. Certes, il y a des secteurs où la flexibilité ou l'intensification du travail ont été excessives, certes, la réforme a été un échec à l'hôpital, certes, des entreprises ont été confrontées à des rigidités. Mais reconnaissons que les lois Aubry ont créé près de 350 000 emplois, que les entreprises ont gagné en souplesse, que les salariés ont gagné en qualité de vie, que la dynamique de négociation a été sans précédent et que l'on n'a en aucune manière observé une perte du sens de l'effort et du travail chez nos concitoyens.
Bien au contraire, pendant toute cette période (de 1997 à 2002), la croissance française a été très supérieure à la croissance européenne, la compétitivité s'est constamment améliorée et 2 millions d'emplois ont été créés (un record pour une économie qui, en un siècle, de 1896 à 1997, n'avait créé que 3 millions d'emplois). C'est aussi la seule période depuis vingt-cinq ans où notre pays a réduit fortement ses déficits, diminué sa dette et engrangé des excédents extérieurs record. Dans tous ces domaines, c'est l'inverse qui s'est produit depuis 2002 : la France accumule la dette et les déficits extérieurs et publics, crée peu d'emplois et est à la traîne de la croissance européenne.
Il faut enfin faire un sort à cette idée ridicule qu'augmenter la durée du travail serait la seule manière pour la France de retrouver son rang. D'abord, parce que contrairement à tout ce que l'on nous assène, les salariés français travaillent plus en moyenne par semaine (36,5 heures) que les Allemands (34,6 heures), dont la santé commerciale est florissante, que les Scandinaves (34,5 heures au Danemark, 35,6 heures en Suède et 33,2 heures en Norvège), qui affichent les meilleures performances économiques et sociales du monde, que les Néerlandais (29,5 heures) et même que les Américains (33,9 heures).
Ensuite parce que ce qui caractérise le développement économique depuis la révolution industrielle, c'est la relation étroite entre la réduction du temps de travail et les gains de productivité. Dans tous les pays industrialisés, on travaille deux fois moins longtemps et on produit vingt fois plus en une heure de travail qu'il y a cent trente ans. Cela se retrouve dans la dispersion des durées hebdomadaires du travail en Europe : c'est dans les pays les plus développés que la durée hebdomadaire du travail est la plus faible et dans les moins développés qu'elle est la plus longue (plus de 40 heures dans l'est de l'Europe et plus de 50 heures en Turquie).
DISCOURS DE PÈRE FOUETTARDEn privilégiant les heures supplémentaires des salariés à temps complet, le gouvernement tourne le dos à ceux qui ont réellement besoin de travailler plus pour gagner plus : les chômeurs, les allocataires de minima sociaux qui n'accèdent pas à un accompagnement vers l'emploi, les salariés travaillant sur des temps partiels courts et mal rémunérés, qui voudraient bien travailler plus (1,2 million de personnes) mais ne décident pas de leur temps de travail. Notre économie pâtit du faible taux d'emploi des seniors et d'un taux d'emploi des femmes beaucoup moins élevé que celui des pays nordiques, tout particulièrement lorsqu'elles ont de jeunes enfants (vingt points de moins que les taux masculins dans cette catégorie !). Voilà où se trouvent les heures de travail perdues, voilà ceux à qui nous devons redonner de l'emploi, voilà ceux dont le retour en activité nous permettra de parler à nouveau, comme d'un objectif profondément désirable, du plein-emploi.
Sortons enfin du discours moralisateur et de Père Fouettard que la droite se plaît à nous tenir : les Français, ensorcelés par les 35 heures, auraient collectivement choisi le loisir contre le travail. Il n'en est évidemment rien. C'est méconnaître une part immense des activités humaines, tant en temps qu'en charge affective, que l'on peut appeler - au choix - domestiques, parentales ou familiales et qui incombent encore souvent aux femmes dans notre pays. Mal réparties, ces activités peuvent handicaper l'accès des femmes à l'emploi, alors qu'elles sont absolument essentielles au développement de nos sociétés.
Les 35 heures s'inscrivaient bien dans la perspective d'une meilleure répartition non seulement de l'emploi, mais aussi de ces activités qui fondent la vie commune. Toutes les enquêtes mettent d'ailleurs en évidence, non seulement que les 35 heures ont très majoritairement été consacrées, par les hommes et les femmes, aux activités familiales, mais aussi que les Français continuent à souhaiter, plus encore que les autres pays européens, disposer de plus de temps pour les activités parentales. Pour une majorité de nos concitoyens, l'emploi idéal est précisément celui qui permettrait de concilier vie professionnelle et vie familiale.
Deux grandes réformes sont donc devant nous et doivent constituer pour les socialistes la priorité. Premièrement, plutôt que de réparer (mal) et de subventionner le développement d'emplois précaires, peu qualifiés, bref, des bad jobs, la puissance publique doit investir massivement dans la qualification à tous les âges de la vie, dès le plus jeune âge, de manière à doter chacun le plus équitablement possible des capacités qui lui permettront de s'orienter, d'accéder à l'emploi et de participer pleinement à la vie sociale. Le développement d'un service public d'accueil de la petite enfance et la qualité de l'emploi en constituent deux éléments-clés.
Deuxièmement, réorganiser en profondeur les services publics chargés de l'emploi et de l'insertion pour les faire passer de l'ère du contrôle et de la prescription à celui de la décentralisation et de l'aide bienveillante. L'objectif est de permettre à tous les chômeurs de bénéficier d'un accompagnement personnalisé vers l'emploi et à tous les travailleurs de disposer d'une assurance emploi effective. L'exemple des pays nordiques montre que cela ne peut se réaliser qu'en donnant toute sa place à la négociation sociale. Il s'agit là de la clef d'un véritable plein-emploi qui permette à la fois de travailler tous et de travailler mieux.
Dominique Méda est sociologue.
Pierre-Alain Muet est économiste et député PS.
11:50 Ecrit par PAM dans Mon action à l'Assemblée Nationale | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Après avoir généralisé les 35 heures aux PME de moins de 20 salariés en octobre comme base de calcul aux heures supplémentaires, ce gouvernement risque maintenant son démantèlement.
Où est la cohérence ?
En augmentant par réformes successives le quota d'heures supplémentaires, les gouvernements de droite ne sont pas parvenus à enterrer cette loi ?
Que reste-t-il ? Quelques réductions de charges ? Une durée légale de travail hebdomadaire ? incontournable
Qui le demande ?
Il doit y avoir un secteur d'activité voire quelques entreprises que j'ignore qui ont dû faire le siège de l'UMP pour obtenir le droit à la négociation "maison".
C'est à dire moins le démantèlement de ce qui reste des Lois Aubry que de la loi TEPA elle-même ! Augmenter la durée du travail sans payer 25% de plus !
Où est la cohérence ?
Je me rappelle qu'en 2003, l'une des raisons pour lesquelles le gouvernement n'avait pas lancé le démantèlement total des 35 heures, c'était une enquête du Medef, qui concluait que les Chefs d'entreprise étaient in-fine satisfaits des accords signés à cette occasion et qu'il n'étaient pas prêts à remettre tout sur la table pour faire plaisir aux idéologues de l'UMP. Et bien nous y sommes, cela nous promet une belle pagaille dans les entreprises jusqu'à décembre 2009 ... et comme ces accords seront biaisés par le dispositif de la loi TEPA sur les heures supplémentaires, il faudra recommencer dès que l'on sera obligés de démanteler ce dernier pour son inefficacité économique et son coût budgétaire.
Le Parti Socialiste devrait avertir organisations patronales qu'il serait plus judicieux d'augmenter les salaires que de négocier des heures supplémentaires sur la base d'une loi à laquelle presque personne ne croit plus.
Ecrit par : jbdivry | mercredi, 18 juin 2008
Bon maintenant sur le papier du Monde.
Pierre-Alain, j'admire ta ténacité et ton expertise objective, mais tu ne fais que répéter le même message depuis un an :
les attaques de la droite contre les 35 heures ?
1/ ce n'est pas le sujet de la faiblesse de l'Economie actuelle
2/ leurs arguments sont faux et démentis par les chiffres
Mais en développant systématiquement le 2e point et sans doute avec un sentimentalisme et une fierté légitime de ton histoire au cabinet de Lionel Jospin tu passes pour le Grand Défenseur des Lois Aubry ( ce que tu n'es que partiellement ).Tu es d'ailleurs systématiquement mobilisé par ton parti pour les défendre.
Cette étiquette ne risque-t-elle pas d'obturer ton avenir politique ?
Si les 35 heures ne sont pas le bon sujet ...
Ecrit par : jbdivry | mercredi, 18 juin 2008
Bon format ta dernière intervention hier à 8h à la convention des parlementaires au Grand Rex.
Tout y est, synthétique ... On devrait en faire un clip politique façon Shadocks.
Bravo aux parlementaire et belle leçon d'unité pour une fois.
Amitiés
Jean-Baptiste
Ecrit par : jbdivry | mardi, 24 juin 2008
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