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mardi, 20 mai 2008
Idées fausses sur la durée du travail (article paru mardi 20 mai dans Libération)
Il est devenu de bon ton y compris parfois à gauche de critiquer la réduction du temps de travail, laissant ainsi le champ libre à la vaste offensive que Sarkozy conduit contre les 35 heures.
Que la mise en place des 35 heures ait engendré des situations difficiles dans certains secteurs comme l’hôpital est indéniable. Mais la réalité est que la durée hebdomadaire du travail n’est pas plus faible en France que dans les grands pays industrialisés, que sa réduction va dans le sens de l’histoire, du progrès, qu’elle a profondément contribué à la création d’emploi et que sa remise en cause à travers l’usine à gaz des heures supplémentaires ne répond à aucun des vrais problèmes de l’économie française....
Lire la suite de l'article dans le corps de la note.
Vous pouvez également le lire et le commenter sur le site de Libération :
Dans cette obsession, Nicolas Sarkozy commet une triple erreur : une erreur de diagnostic, une erreur économique et une erreur historique.
Une erreur de diagnostic, car l’idée que la France travaillerait moins que les autres pays européens est en totale contradiction avec les faits. Selon l’enquête de l’institut Européen Eurostat, la durée hebdomadaire du travail en 2007 de l’ensemble des actifs était de 37 heures en France, pour 37,3 heures dans l’Europe des 15. C’est presque une heure de plus qu’en Allemagne (36,2 h), une heure et demie de plus qu’au Danemark (35,5 h) et dans les pays Nordiques, et presque cinq heures de plus qu’en Hollande (32,2 h). La durée hebdomadaire du travail est également plus élevée en France qu’au Royaume-Uni où, après avoir fortement baissé, elle s’établit à 35,8 heures et surtout qu’aux Etats-Unis (33,7 h).
Une erreur économique, car en incitant les entreprises à recourir aux heures supplémentaires plutôt qu’à l’embauche, cette politique tourne le dos à ceux qui ont réellement besoin de travailler plus pour gagner plus : les chômeurs, mais aussi les seniors qui se retrouvent en préretraite sans l’avoir demandé. Elle ne change rien pour le million de salariés à temps partiel contraint qui gagnent peu et voudraient bien travailler plus, mais ne décident pas de leur temps de travail. Et en ne se préoccupant que de ceux qui ont un emploi, elle accentue les deux défauts de notre économie : nous sommes le pays où l’on travaille le plus entre 25 et 55 ans et le moins après 55.
Or, c’est précisément dans la période où notamment avec la réduction du temps de travail et les emplois jeunes, la France a créé massivement des emplois (2 millions de juin 1997 à juin 2002), que notre pays a commencé à rééquilibrer l’activité des différentes générations d’actifs, même s’il reste encore un très long chemin à parcourir.
Une erreur historique, car toute l’histoire du développement économique depuis la révolution industrielle est une augmentation continue de la productivité du travail conjuguée à une baisse tout aussi continue de la durée annuelle du travail. On produit en une heure de travail 20 fois plus qu’en 1870 et on travaille deux fois moins longtemps. Ce qui caractérise le développement économique dans tous les pays, c’est en effet le temps libéré et le développement des loisirs et du secteur non marchand. La dispersion des durées hebdomadaires du travail en Europe l’atteste : c’est dans les pays les plus développés que la durée du travail est la plus faible et dans les plus pauvres qu’elle est la plus longue.
Il est temps d’avoir une vraie réflexion sur l’organisation des différents temps de la vie. La tendance séculaire à la réduction de la durée annuelle du travail est appelée à se poursuivre. Et le progrès c’est de travailler moins au cours d’une année, et plus au cours de sa vie puisque nous vivons toujours plus longtemps.
Plutôt que de perpétuer le débat idéologique qui a ponctué toutes les avancées sur la réduction du temps de travail depuis la Loi de 1841 limitant le travail des enfants, il serait préférable de donner toute sa place à la négociation sociale. Car c’est elle qui permettra d’avancer réellement vers le temps choisi et de résoudre, par exemple, cette particularité française qu’une part importante des salariés à temps partiel le sont contre leur gré, alors qu’un nombre aussi élevé de salariés à temps plein souhaiteraient travailler à temps partiel choisi.
12:40 Ecrit par PAM dans Mon action à l'Assemblée Nationale | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonjour
PAM n'a pas tort de défendre cet héritage mais parler globalement ainsi est faux. Il y a des secteurs (la santé comme il le dit lui même mais des centaines d'autres secteurs ou qualifications) pour lesquels les 35 h. n'ont pas de sens... et des métiers dangereux et pénibles qui imposent moins de trente heures. Puisque l'on n'est pas (plus, ou pas encore) en campagne électorale, on peut tout de même aborder les choses plus finement.
Enfin, il faut maintenant lier emploi et revenu, et en particulier formes et durées d'emplois et pauvreté/inégalités. C'est en jouant la dessus que La "majorité" défend d'un seul jet pouvoir d'achat et heures sup. (ou abolitions des horaires max. plafond)
Amitiés à Pierre-Alain que je lis toujours avec plaisir.
Alain S.
Ecrit par : Alain S | mardi, 20 mai 2008
Je partage le point de vue que tu exprimes dans cet article. Peut-être n'avons nous pas
assez, à gauche, montré l'intérêt de la réduction du temps de travail, qui ne peut que
continuer d'ailleurs, pour prendre le temps de la découverte, de se cultiver, se former,
pouvoir aussi investir dans la vie sociale et collective...35h ou moins à terme (cf. thèses de P.Larrouturou) ce n'est pas seulement pour soi, sa famille, ses loisirs c'et aussi pour mieux vivre ensemble.;
Il me revient cette remarque de Michel Rocard qui s'interrogeait sur l'opposition historique du patronat à toute réduction du temps de travail et Rocard faisait remarquer
que le patronat craignait que les salariés n'utilisent le temps libre pour réfléchir,
se cultiver, s'organiser, etc...ce n'est pas si faux… encore aujourd'hui...
Autre point à développer: l'articulation entre la réduction du temps de travail et un
meilleur fonctionnement des services, un meilleur accueil des usagers par l'introduction
de souplesse, Ainsi nous pourrions, nous devrions en réalité, dans une grande ville
comme Lyon, ouvrir beaucoup plus les services aux usagers (piscines, bibliothèques,
musées, etc) tout en appliquant les 35h. Sur ce point nous sommes beaucoup trop conservateurs. De nombreux salariés sont près à faire des horaires décalés dès lors que ceux ci sont réduits et contribuent à une meilleure vie individuelle et collective.
Oui la réduction du temps de travail ce n'est pas uniquement le partage du travail (terme
pas très bon d'ailleurs) mais un choix de société, d'organisation sociale...un vrai choix
progressiste, un choix de "libération" des individus..un choix qui contribuera à nous
aider à inventer les nouveaux liens entre l'individuel et le collectif... et c'est aussi pour cela que les conservateurs n'en veulent pas !!!
Paul R.
Ecrit par : Paul R. | mercredi, 21 mai 2008
Je tenais à vous féliciter de l'excellent article que vous avez fait
paraître dans Libération hier le 20 05 sur le temps de travail.
Mon mari et moi même partageons votre vision de l'avenir dans ce domaine : travailler plus longtemps car nous vivons plus vieux et répartir plus harmonieusement ce temps de travail. Mon époux a 70 ans et travaille 8h par jour et cette situation est pour lui une chance de rester jeune, dans le "Mouv" et physiquement correct, et effectivement rallonger le temps à 37h ou plus est une erreur : on doit se rapprocher d'un temps plus réparti. C'est une question de choix de société.
Françoise S.
Ecrit par : Françoise S. | mercredi, 21 mai 2008
Bonsoir,
Merci pour cet article mais ne va-t-il pas falloir être plus offensif? Les programmes du
MEDEF et de l'UMP sont connus de ceux qui les ont lus!"Retour à l'Ancien
Régime" pour faire bref! Finis les libertés formelles sauf celles du
fric!
Comment imaginer des mouvements de masse pour mettre ces ..... à genoux?
Grève de l'impôt, désobéissance civile massive,.....
Comment éviter le nihilisme de années 1900, que l'on voit poindre sous
une autre forme en milieu défavorisé socialement familialement
psychiquement (et il n'y a pas que les "banlieues": dans les ghettos
dorés il y a aussi des jeunes en dérive!).
Cordialement.
Yves F.
Ecrit par : yves fruchon | lundi, 30 juin 2008
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